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Troie : quand le mythe rencontre l'archéologie

Troie : quand le mythe rencontre l'archéologie

Mercredi, Juillet 29, 2026 Article Vidéo

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Troie : quand le mythe rencontre l'archéologie 

Si le cycle troyen a peint l'image d'une ville d'abord vouée à la prospérité, puis assiégée et conquise par les Achéens après dix années de guerre, le récit d'Homère continue de fasciner près de trois mille ans plus tard. Mais que reste-t-il de cette Troie légendaire ? Le poète s'est-il inspiré d'une ville bien réelle, ou son œuvre appartient-elle avant tout au domaine du mythe ? 

Le renforcement progressif de la légende troyenne et de ses héros, mais aussi de ses lieux a mené à la naissance de débats historiques qui n’ont pas poussé les curieux ni les érudits des siècles suivants à creuser une éventuelle réalité historique. En effet, qu'il s'agisse de la date du conflit ou de l'emplacement de la cité, le mythe l’a quasiment emporté sur les faibles certitudes des érudits de l’époque moderne. 

Dès l’Antiquité, Hérodote et Eratosthène proposent une chronologie divergente, le premier indique dans son Enquête (II,145) ceci : “et Pan [...] est postérieur à la guerre de Troie, et on ne compte de lui jusqu'à moi qu'environ huit cents ans.”, 800 ans avant lui-même, c’est-à-dire ~1250 avant notre ère ; puis, le savant alexandrin Eratosthène  calcula à son tour la chronologie traditionnellement retenue par une partie de la tradition antique, entre 1184 et 1183 avant notre ère. 

Ces calculs issus des premiers historiens de l’Antiquité n’ont pas suffi à convaincre les Anciens comme les Modernes,  Troie — ou plutôt le site traditionnel identifié à Ilion — demeurait un lieu de pèlerinage culturel pour les voyageurs cultivés de l'Antiquité comme des siècles suivants. On y venait moins pour vérifier l'existence historique de la cité que pour marcher sur les traces des héros d'Homère.

Il faut toutefois attendre le XIXᵉ siècle, marqué par l'essor de l'archéologie et des sciences historiques, pour que la cité de Troie quitte progressivement le seul domaine de la légende. Elle devient alors l'obsession d'un homme : Heinrich Schliemann

Né le 6 janvier 1822 dans l'actuelle Allemagne, Heinrich Schliemann grandit dans un milieu modeste. Après de nombreux voyages et une brillante carrière de négociant, il fait fortune. Du Venezuela à la Russie, en passant par la Californie, l'Égypte, l'Inde, la Chine ou encore le Japon, il parcourt une grande partie du monde avant de découvrir la Grèce en 1868. 

Ayant suivi à la Sorbonne des cours en sciences de l'Antiquité et langues orientales en 1866, Schliemann qui depuis petit rejoue les récits homériques se retrouve bouleversé. Il y rencontre sa deuxième femme, Sophia Engastromenou, fille d’un commerçant athénien et Frank Calvert, vice-consul des Etats-Unis aux Dardanelles (détroit à l’ouest de l’actuelle Turquie). Ce dernier a fait l’achat d’un vaste terrain de la colline d’Hissarlik où les érudits de l’Antiquité ont situé les ruines de Troie. Il a par ailleurs sept ans avant Schliemann initié des fouilles sur le site, grâce à Charles Maclaren qui en 1822 identifie le site à la Troie homérique, mais c’est définitivement après leur rencontre que les découvertes se multiplient.  

Grâce à cette rencontre, Schliemann est habilité à démarrer en 1870 des recherches archéologiques en autodidacte sur le site d’Hissarlik. S’il n’est pas le premier à considérer les dires d’Homère comme véritable réalité historique, il est le premier à consacrer des fouilles d’une telle ampleur. Le polyglotte s’associe à d’autres archéologues comme l’helléniste Émile-Louis Burnouf, ou Wilhelm Dörpfeld en 1882, qui corrige nombre de ses erreurs archéologiques. Après sept campagnes de fouilles, Schliemann et son équipe ont mis à jour neuf strates de ruines, qui ont été numérotées suivant leur niveau d’ancienneté, Troie I, Troie II et ce jusqu’à Troie IX

Les neuf strates de Troie

Schliemann pense alors avoir trouvé le véritable site, il extrait jusqu’à 2000 objets, notamment des vases mais poursuit aussi ses recherches sur d’autres sites mythiques du récit homérique : Mycènes (1874), Orchomène (1880) et Tirynthe (1884), suivant Homère tel une carte routière. Il découvrit notamment le supposé Masque d’Or d'Agamemnon, (dont les recherches postérieures ont montré qu’il était en réalité bien plus ancien), un grand bouclier de peaux de bœuf recouvertes de bronze, décrit dans L'Iliade comme appartenant à Ajax le Grand, et en 1874, il annonce avoir découvert ce qu'il baptise le « trésor de Priam », légendaire roi de Troie. 

Masque d'Agamemon (en vérité antérieur, 1550-1500 avant notre ère)
Trésor retrouvé à Hissarlik (que Schliemann nomma "trésor de Priam")

Toutes ces découvertes semblent confirmer que ces ruines sont bien celles de la mythique Ilion, mais de grands scandales politiques et scientifiques accompagnent l’archéologue. Le déchiffrement du linéaire B, l'écriture utilisée par les Mycéniens, par Michael Ventris et John Chadwick au milieu du XXᵉ siècle permit notamment de remettre en cause plusieurs interprétations avancées par Schliemann sur la nature des objets qu'il avait exhumés 

Puis, des recherches plus poussées et mieux documentées ont été menées sous la direction de Carl Blegen entre 1932 et 1938 et conclurent que les ruines situées au niveau de Troie VII(a) avaient été causées par un immense incendie, ayant pris place vers 1250-1240 avant notre ère… Soit précisément autour des dates estimées par Hérodote. 

Bien que Schliemann demeure un pionnier de la recherche et de l’archéologie en Grèce, c’est grâce aux travaux des chercheurs postérieurs que l’on a pu consolider la thèse du véritable emplacement de Troie (ou des Troies), sur cette colline d’Hissarlik. 

Qu’en est-il aujourd'hui ?

Aujourd'hui, l'existence d'une importante cité installée sur la colline d'Hissarlik ne fait plus réellement débat parmi les historiens, notamment grâce aux textes hittites qui mentionnent une cité appelée Wilusa, généralement identifiée à l'Ilion des Grecs. Si les pratiques archéologiques de Schliemann ont ouvert la voie, elles ont aussi gravement endommagé différents niveaux des ruines troyennes. 

À l’aube des recherches récentes, il apparaît plutôt que Troie par son emplacement constituait un relais majeur du commerce et des échanges en Asie Mineure. Si guerre il y a eu, ce fut pour des motifs classiques dans l’Antiquité : contrôle du détroit des Dardanelles, ainsi que des routes commerciales reliant la mer Égée et la mer Noire.

Aucune preuve ne permet aujourd'hui d'affirmer l'existence d'une vaste coalition grecque telle que la décrit Homère, d’une armada menée dans ses murs par un stratagème aujourd’hui référence culturelle. La scission entre ce qui appartient à la littérature et l’histoire semble maintenant claire, l’Iliade demeure avant tout une épopée poétique et non un reportage historique. 

Plusieurs Troie se sont succédées, et les traces incendiaires retrouvées à Troie VII(a) témoignent d’un conflit qui a probablement participé au contexte de l’effondrement général de l’âge de bronze. Si une guerre a bien opposé des puissances égéennes à Troie, elle s'inscrivait sans doute dans un contexte plus large de rivalités politiques, économiques et commerciales que ne le laisse entendre le récit homérique. 

Pourquoi continuer à “raconter” Troie ?

L’intérêt de l’historicité autour de la ville de Troie permet de mieux comprendre les représentations comme les pratiques qui ont modelé la fin de l’âge du bronze. L'Iliade si elle est d’abord un bijou de poésie antique est aussi un vecteur de mémoire, car l'historiographie contemporaine débat encore de la figure d'Homère et de la paternité des poèmes qui lui sont attribués … De nombreux chercheurs considèrent aujourd'hui que l’Iliade comme l’Odyssée furent le fruit de plusieurs esprits, aèdes ou rhapsodes antérieurs et postérieurs au dit Homère (VIIIe siècle avant notre ère), ce qui renseigne sur la transmission d’une mémoire à la fois collective et fascinante. 

Troie n'est donc ni une pure invention, ni la fidèle reproduction du récit homérique. Entre les ruines mises au jour par les archéologues et les vers d'Homère se dessine une réalité plus nuancée : celle d'une cité bien réelle, devenue au fil des siècles l'un des plus puissants mythes de l'histoire occidentale. 

Peinture d'art vintage de l'artiste Evelyn de Morgan intitulée Helen of Troy
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Pour aller plus loin -📚 Œuvres évoquées et liens

- Heinrich Schliemann, La fabuleuse découverte des ruines de Troie. Réunit : "Premier voyage à Troie : 1868" ; "Antiquités troyennes : 1871-1873" ; préface de Henri de Saint-Blanquat ; textes français de l'auteur et d'Alexandre Rizos Rangabé. Paris : Pygmalion, 1992. Réédition : Paris : Tallandier, 2011, collection Texto (ISBN978-2-84734-787-6)

- Heinrich Schliemann, Une Vie d'archéologue. Recueil de textes extraits de diverses publications et partiellement traduits de l'allemand, présenté par Paul Faure, Paris : J.C. Godefroy, 1982 (ISBN2-86553-014-0)

- Heinrich Schliemann, Une vie pour Troie ; trad. de l'anglais par Madame E. Egger ; préf. de Hervé Duchêne. Paris, Genève : Slatkine, 1996, collection Fleuron (ISBN2-05-101463-9)

N'hésitez pas à regarder cet excellent documentaire très bien conté et illustré pour aller plus loin dans l'histoire et l'archéologie de Troie ! 

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